Commission: Joachim Olander

En 1637, un grand feu d’artifice est organisé afin de célébrer l’élection de Ferdinand III à la tête du Saint Empire romain germanique. Prévoyant que le public ne parviendrait pas à saisir les subtilités de l’allégorie qui se déploient dans les transformations successives de la structure du feu, son Altesse « désirait que des programmes soient distribués chaque soir, dont le contenu révèlerait aux yeux des invités l’artifice et le but des macchina qui y étaient proposées ». L’habitude est très fréquente à l’époque de distribuer des programmes afin de révéler au public l’enjeu des feux d’artifice. « Cette précaution usitée est si nécessaire que sans elle on emploierait de l’esprit en pure perte, pour la plus grande partie des spectateurs » (Amédée-François Frézier, Traité des feux d’artifice pour le spectacle).

Au XVIII et XIXème siècle, on voit progressivement apparaître des dispositifs optiques permettant de reconstituer le feu d’artifice, « d’accéder à l’inaccessible, au fugace et à l’éphémère ». Véritable spectacle, théâtre d’appartement, ancêtre du home cinéma (on parle d’ailleurs de machine ou macchina), ces boîtes optiques « rendaient l’extraordinaire ordinaire du fait de la miniaturisation et de la capacité infinie de répétition ». Cette coutume d’accompagner les feux d’un « protocole » se répercutera sur les représentations elles-mêmes. Il est dit de ces représentations datant des Temps modernes qu’elles consistent dans des archives documentaires où se recoupent vérité et fiction. Il y aurait « dissolution de la frontière entre réel et irréel ».

A l’occasion de feux d’artifice à Rome au XVIIème et XVIIIème, on dit de la città qu’elle existe dans le temps et hors du temps et relève de l’éternel.

Le sublime a besoin de la distance liée à la représentation. « Une imitation n’est jamais si parfaite que nous ne puissions percevoir qu’il s’agit d’une imitation » (Burke). Nous tirons notre plaisir précisément de la copie. Il arrive même que nous éprouvions autant voire plus de plaisir de celle-ci que de la chose elle-même. A travers le feu d’artifice et sa représentation, l’artiste questionne la notion d’oeuvre d’art. Quel statut pour la « machine » dans la répétition et dans le simulacre.

Joachim Olender interroge le spectacle et sa représentation, la fictionnalisation de l’évènement ainsi que les limites entre oeuvre et archive.

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